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Peter Englund : Libérez Dawit Isaak

Peter Englund : Libérez Dawit Isaak

Peter EnglundPeter Englund 

 

Peter Englund est le Secrétaire Permanent de l’Académie Suédoise pour le Prix Nobel de Littérature. Cette année, il a rejoint la campagne pour la Journée mondiale de la liberté de la presse de la WAN-IFRA, afin de mettre en lumière la détresse de Dawit Isaak, lauréat 2010 de la Plume d’Or de la Liberté remise par la WAN-IFRA. En prison en Erythrée depuis presque une décennie, il n’existe aucune accusation à l’encontre du journaliste.


Cela fait presque 10 ans que le journaliste et écrivain Dawit Isaak est emprisonné en Érythrée. Mis à part une courte période de liberté en 2005, il a toujours été incarcéré au cœur de l’enfer dans divers endroits infâmes appelés prison et dont plus de 300 existent dans ce pays. Les prisonniers sont traités de façon brutale. Les tortures ne sont pas rares. Quelques prisonniers sont enfermés dans des catacombes, d’autres dans des conteneurs non aérés dans lesquels la température peut avoisiner les cinquante degrés Celsius. Ils sont littéralement enchaînés 23 heures par jour. Les visites ou le contact avec d’autres prisonniers leur sont interdits. Même les gardiens n’ont pas le droit de leur parler. Quelques prisons ne sont guère plus que des camps de la mort d’où les gens ne reviennent jamais. Ils y meurent, y sont enterrés et oubliés.

Eira Eiro au nord d’Asmara est un de ses camps. Selon les dernières informations, le prisonnier numéro 36, Dawit Isaak, y est incarcéré. Il appartient à un groupe qui à l’origine était constitué de plus de trente prisonniers. Quinze sont déjà morts. Il y a lieu de craindre pour la vie de Dawit Isaak, surtout qu’il souffre de diabète.

Quel crime a-t-il commis en 2001 ? À cette époque, Isaak était un journaliste qui travaillait pour le plus grand journal érythréen. Il a écrit sur un groupe de quinze membres du gouvernement qui exigeaient des réformes démocratiques. Cela a suffi. Il n’y a jamais eu de procès. Aucune peine n’a jamais été prononcée.

Nous sommes face à une double tragédie.

Cela se passe en Érythrée, un État encore tout jeune fondé à l’issue du référendum de 1993 après plus de trente ans de guerre d’indépendance contre l’Éthiopie. C’est une nation qui a bénéficié pendant longtemps de la bonne volonté de l’Occident. Notamment le fait que cette nation soit née du résultat d’un référendum a longtemps été considéré comme prometteur pour le développement d’une société ouverte. Il reste peu de bonne volonté. L’Érythrée est aujourd’hui principalement associée à l’emprisonnement d’intellectuels et de dissidents. Il est difficile de comprendre comment les leaders érythréens ont pu si vite gaspiller cette base de confiance et fermer ce pays au reste du monde. Ce pays qui avait besoin d’un prompt développement et qui avait le potentiel pour se développer. Le scénario fut tout autre. Et il l’est toujours.

Le principe de la liberté d’expression existe depuis des siècles. Ce principe repose sur l’idée que chacun, sur la base de son savoir inné, a le droit de décider non seulement de sa propre vie mais aussi de l’organisation du pays dans lequel il vit. Ce principe repose également sur une idée simple découverte progressivement : le doute, le questionnement et  la contestation n’affaiblissent pas une nation ; ce serait plutôt leur absence. (L’essor de la démocratie dans les pays arabes nous le rappelle.) La censure distille une substance corrosive qui dissout le système qu’elle prétend protéger. Tôt ou tard, toute dictature tombe. Sans exception.

Tout comme vous n’avez jamais une pensée pour l’air que vous respirez tant qu’il ne vous manque pas, il est facile de considérer la liberté d’expression comme une chose acquise si vous n’avez jamais vécu dans un monde où elle n’existe pas. Ou alors comme Dawit Isaak, il faut en payer le prix. La liberté d’expression est indivisible, même au sens où un individu ne peut s’attendre à en jouir tant qu’un autre individu en est privé. La liberté de s’exprimer soi-même. Ou par extension, la liberté tout court. C’est par les cas individuels que l’on voit si ce principe est respecté. Libérez Dawit Isaak.

Source : Peter Englund et WAN-IFRA

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